LA
VITA DEL BRICOLON
Mi
sò el bricolon, sette pali, do colari
de ferro.
Li me gà unio intero in laguna, di
fronte a S.Marco,
Nel scano tra barena e canal i m'ha piantà.
Mi sò forte, de rovare sò nato.
Go affrontà caighi e tempeste
Me sò goduo tramonti e aurore,
Go patìo, la bava de garbin,
La m'ha ponto come un spin.
E
come un frate de missio, tutto go da dar,
Sora de mi vien i cocai a riposar,
E l'acqua de le satine, la me cola a lagrimar,
Sotto l'acqua, tanti pessi, me vien becar.
Par nutrirse de magnar, i gransi li me camina
Da tutte le parte, ancora lori i vol sassiarse
I peoci ? col rampin i vien a cavarli,
E in padea li va a portarli.
Pò,
nel siensio de la notte, le barene lamentarse
Disparae, cossa gae ? No le profuma più
da sae
Le alghe, le tormenta e la peste la ghe fermenta,
E a nuovi le farfaine le ghe nasse a festoni,
Ronzando le me vola sora a la mia Venessia
Le ghe porta la malora, e mi sò el
bricolon
E tutto go da dar, col caigo a le barche,
Mi ghe servo da segnal,
Parché no le vada a fracassar.
Ma
sò fortunà
A goderme la laguna
E vardrme Venessia da vissin
Varda che bel destin.
E un giorno, la mia sorte
Sarà le bisse, che magnandome i pali
Le me darà la morte !
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LA
VIE DU DUC-D'ALBE
Moi,
je suis le duc-d'albe : sept pieux et 2 colliers
en fer.
Là-bas, ils m'ont uni entier dans la
lagune, face à San Marco.
Entre prairie salée et canal ils m'ont
planté.
Moi, je suis fort, du chêne je suis
né.
Les brumes et les tempêtes j'ai affrontées,
Les couchers de soleil et l'aube j'ai admirés,
Le souffle du vent j'ai subi,
Comme une épine il m'a piqué.
Comme
un missionnaire, je dois tout faire,
Sur moi les mouettes viennent se reposer,
L'eau qui s'échappe de leurs pattes
me fait couler des larmes.
Sous l'eau, tant de poissons viennent me grignoter
Pour trouver à manger, les crabes me
piétinent,
Ils arrivent de tous cotés pour satisfaire
leur faim.
Les moules ? avec un crochet, ils viennent
les arracher,
Et dans la poelle ils les amènent...
Puis,
dans le silence de la nuit, les prés-salés
se plaignent
Disparus, que se passe-t'il ? ils n'émanent
plus le "parfum" du sel.
Les algues les tourmentent et la peste les
fermentent,
Des "nuages de petits papillons naissent
par milliers,
En bourdonnant ils survolent ma Venise.
Ils lui porte le mal, et moi je suis le gros
duc-d'albe
Et je dois tout faire, en présence
de brume,
Je sers de signal aux barques,
Pourqu'elles n'aillent pas s'échouer
Mais
j'ai le privilège
De profiter de la lagune
Et de regarder Venise de près :
Quel beau destin !
Et un jour, mon sort
Ce seront les anguilles, qui,
En me mangeant les pieux *
Provoqueront ma mort !
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